Galerie Guigon

Patrice GIORDA


LYON 1952

Variations

« L'acte même répété est toujours vierge «
René Char



Le sujet n'a d'importance que pour les peintres, le spectateur lui n'est sensible qu'à l'énergie de la peinture, son style.

Quand mon sujet est vraiment intériorisé c'est comme s'il n'existait plus quand je peins, il est présent, là au fond, mais sans qu'aucune affectivité ne vienne troubler cette trajectoire qui va de l'être à la peinture; la peinture devient à elle-même objet de peinture et c'est là qu'elle s'approche du mystère.

Je crois que plus le peintre avance dans la vie moins il rencontre de nouveaux sujets, il retrouve les mêmes sur son chemin ou de semblables, mais plus rarement surgit un thème qui révèle un aspect de soi jusqu'alors inconnu. Peut être parce qu'on commence à se connaître ! L'ouverture est donc plus d'approfondir ce que l'on a déjà peint que de partir à la conquête de nouveaux territoires.

Cette année 2006 je me suis tourné vers mes vieux sujets et j'en ai fait de nouvelles versions. Ce sont eux qui m'ont permis il y a 20 ans de libérer la couleur dans la nuit, de mettre la couleur en espace, d'inventer la lumière que je porte en moi. Je me suis rendu compte que certains de ces sujets sont de véritables archétypes que je retrouve dans d'autres tableaux aux sujets différents : les Santo Spirito ont donné les Confluents, la Terrasse a donné la barque au Marabout… Il y a des images mentales qui nous poursuivent.

On pourrait penser qu'à repeindre pour la 5ème fois un sujet le peintre acquiert plus de facilité, qu'ayant épuisé les tentatives et les chemins de traverse il se dirige sûrement vers un essentiel dépouillé de toute nouveauté. Mais ça ne marche pas comme ça. Le tableau passe toujours par des phases de destructions où son issue est incertaine, où la peur d'échouer et l'ennui guettent. La peinture demeure une expérience de vie et non une fabrication.

Il y a des moments de bonheur, c'est quand à force de grands coups de pinceaux qui martèlent la forme, à force d'enlever, de remettre les couleurs, de chercher les mélanges justes qui conviennent soudain, car c'est soudain, l'espace s'ouvre et le silence fait effraction dans le tableau. On change de monde. Il y a bien une image devant nous mais elle n'est plus que la dépouille de la présence qui se dresse devant nous, transfigurée.

Quand je pense aux premières versions d'il y a 20 ans et aux variations plus récentes je vois une continuité, « la lumière naît quand la couleur cesse d'exister pour devenir espace » reste mon crédo, ma conception de l'espace est inchangée. Peut-être ai-je perdu en pureté et gagné en incarnation. Je peignais par grands aplats silencieux, je voulais que tout soit vide, la matière était là mais on y voyait très peu de coups de pinceaux ; maintenant la matière est brassée et les gestes du pinceau apparents. Est-ce plus de liberté ou le besoin d'inscrire dans la peinture le fonctionnement de sa mécanique colorée ?
J'ai de plus en plus le sentiment qu'il y a deux sources d'inspiration à la peinture, l'une serait de s'exprimer, l'autre de comprendre.

Patrice GIORDA


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